Microfiction

Projet commencé sur mon compte Twitter, cette page rassemble les micronouvelles déjà publiées. La longueur et les genres sont variés. Le seul point commun est l’utilisation de la première personne du singulier.                                                                                                                             https://youtu.be/f47Ex482whc

 

1. J’ai rencontré quelqu’un le mois dernier. Son sourire est magnifique, ses yeux pétillants. Chaque semaine, nous nous asseyons aux mêmes tables du restaurant italien, seuls. Nous nous échangions regards et sourires, sans jamais nous adresser la parole. Notre relation s’est développée uniquement par mimiques interposées.

Aujourd’hui, je compte briser cette routine. Je compte prendre mon courage à deux mains et m’approcher de lui. Entendre le son de sa voix pour la première fois. Entamer la conversation pour la première fois. Affronter la possibilité d’être repoussée, encore une fois. 

Je pousse mon fauteuil roulant jusqu’à sa table. Après un rapide regard en direction de ma chaise, il se lève de sa table pour m’accueillir.

2. Je n’aime pas la mer. Mais les dettes se fichent des goûts personnels. En quatre mois, un job au port est ma première opportunité. Alors, j’accepte. 

Je transporte les marchandises des navires aux hangars jour après jour. Un natif au milieu d’étrangers. Certains sont cons, d’autres géniaux.  Je pourrai presque aimer cette nouvelle vie malodorante, si mon supérieur, seul autre natif du coin, était un peu plus patriotique. En d’autres termes, s’il ne prenait pas 10 % de mon salaire. Mais je n’ai pas le luxe de pouvoir me défendre. Alors, je la ferme. Je la ferme et je travaille. 

Jusqu’au jour où je le surprends à s’en prendre physiquement à mon collègue demeuré. Pour lui aussi, c’est le seul travail qu’il peut avoir. Alors, j’interviens. Je pousse mon gros tas de supérieur. Il trébuche et tombe à l’eau. Il n’y a pas moyen de remonter sans faire un large détour de plusieurs centaines de mètres. Et l’eau est froide, très froide. On pourrait le laisser. On pourrait, mais mon collègue ne réfléchit pas et m’enjoint de l’aider à sortir notre supérieur de là. Je les regarde tous les deux. Moi, je réfléchis. Et j’ai pris une décision.

3. Mes yeux se posent sur la croix inversée. Il me faut plusieurs secondes pour réaliser où je suis. D’un geste, j’ouvre la porte pour me jeter de cette voiture. 

Hélas, j’ai complètement oublié la ceinture de sécurité. Cette dernière entre durement dans ma chair. Fébrile et la peur aux lèvres, je me maudis d’avoir fait de l’auto-stop.

Soudain, je me rends compte que la voiture ralentit. Je lève les yeux vers la conductrice. Juste le temps de voir le coup arriver.

4. Je nais, je vis, je meurs. Ce qu’il y a après dépend de votre interlocuteur. 

Bien entendu, on évite d’en débattre les jours de funérailles. Ces rituels servent à célébrer une dernière fois l’existence d’un être cher. Enfin, généralement. 

Aussi, entendre mes parents recommencer à s’engueuler sur la garde d’un chien cancéreux quatre mètres au-dessus de moi alors que je suis parfaitement vivant et en train de me fracasser les poings contre le cercueil parce que je ne suis pas pressé de découvrir la réponse à ce débat est particulièrement enrageant.

5. Tu ne m’as jamais attiré. Je n’ai jamais voulu flirter avec toi et pourtant, par deux fois, j’ai voulu t’embrasser. J’ignore pourquoi. J’ignore ce que cela veut dire. 

Et aujourd’hui, cela n’a plus aucune importance. Tu es mort, et tu me hantes. Quoi que je fasse, tu parasites mes relations, mon travail, mes rêves. Je ne peux plus passer une seule journée sans penser à toi. 

Tu dois mourir. Et cette fois, ce sera moi ton assassin.

6. Tous les soirs, je m’installe pour écrire une histoire. Rien que quelques paragraphes. Les mêmes règles.  

Ce soir n’est pas comme les autres soirs. Ce soir, rien ne me vient. Ma feuille reste blanche, mon esprit vide. Alors, je lance une vidéo au hasard et m’en inspire. Elle sonne faux. Jamais je ne la publierais. Mais au moins j’ai gardé ma routine. J’ai persévéré, je n’ai pas abandonné.

7. Pendant des années, je n’ai pas connu l’amour. Jusqu’au jour où j’ai rencontré cette femme à la chevelure de braise. De longs cheveux caressant le sol avec douceur malgré la longue tresse qu’elle portait haut sur la tête. Une peau d’une pâleur de neige rappelant l’origine de ses ancêtres. Des yeux d’un océan glacé qui faisait fondre mon cœur.  

Notre rencontre s’est rapidement ensuivie par une histoire d’un soir. Puis une autre. Elles se sont enchainées au fur et à mesure que nous nous découvrions.  

Et un soir parmi d’autres, alors que nous gloussions comme des adolescents en regardant un nanar sur Netflix, l’évidence m’est apparue : j’étais amoureux. Je ne savais pas depuis quand ou pourquoi, je savais seulement que je voulais passer ma vie avec elle.

8. J’ai accepté de participer à une expérience psychologique. Le but est de comprendre les limites du cerveau humain. C’était bien payé alors j’ai accepté. On m’a demandé mon profil idéal, on m’a fait passer des scanners, on m’a enfermé, on m’a fait des IRM… Les tests n’avaient pas de sens et pourtant ils les faisaient passer en boucle. J’ai bien cru que j’allais perdre la tê–

9. Mes poules ont toujours été proches de moi. Elles appartiennent à des races communes et bien domestiquées, qui se laissent prendre et caresser, se mêlent entre vos jambes quitte à risquer de recevoir des coups de pied involontaires. Hélas, un jour, j’ai introduit des races encore sauvages, apeurées à l’idée d’être touchées ou même approchées. Une peur qui s’est propagée aux autres poules telle une épidémie. Depuis leur introduction, plus une seule ne se laisse approcher.

10. Il n’y a rien de pire que votre animal de compagnie préférant un autre membre de la famille. C’est vexant. Du coup, je fais tout pour qu’il m’aime : je me jette dessus dès que je le vois et je le gâte comme je peux. Mais chaque jour, il devient de plus en plus agressif. Il finit même par s’enfuir dès qu’il me voit.

11. J’ai toujours aimé les navires. De toutes formes, de toutes tailles, de tout temps. Livres, jeux vidéo, séries, films, bandes dessinées, tout ce qui mettait en scène un navire m’attirait sans que je ne puisse jamais approcher un vrai navire. 

Puis, un jour, j’ai gagné à la loterie ; j’ai pu déménager dans une ville côtière réputée pour ses navires. Et j’ai pu acheter mon propre navire.  

Je possédais un navire ! Enfin !

12. On a toujours tendance à croire qu’avec le temps, certaines habitudes vont disparaitre, pourtant, des décennies plus tard, certaines activités « enfantines » continuent de me plaire. Comme être un adulte est se cacher et se conformer et non s’affirmer, aucun membre de mon entourage n’est au courant. Et j’ai réussi à garder mes passions secrètes, jusqu’à aujourd’hui. Maintenant, je vais devoir affronter la bonté, la compréhension et la sympathie des réseaux sociaux.

13. Une page blanche. Chaque jour, une nouvelle page. De tout, de n’importe quoi. L’important, c’est d’écrire sans réfléchir. Stream of consciousness comme on dit. Est-ce que ces lignes en font partie, ou est-ce que je viens de les inventer sur le coup pour la dose du jour ? Seul le reste de la page le dira.

14. Je n’aurais jamais cru devenir riche par accident. Acheter des bibelots en brocante, c’est une occupation, pas une activité d’enrichissement. Et pourtant, il a fallu que j’achète un faux qui s’avère être un vrai. Si je ne suis pas millionnaire, je compte bien, à partir d’aujourd’hui, commencer ma carrière de revendeur.

15. Trois semaines pour trouver un nouvel appartement ou je suis à la rue. Comment est-ce que j’ai pu me retrouver dans une telle situation à l’étranger ? Comment est-qu’on peut virer une personne comme ça ? Je n’ai pas l’argent pour embaucher un avocat, pas le temps pour un commis d’office. Je ne pense même pas avoir l’argent pour louer un endroit décent. C’est ça que je vais devoir faire ? Louer un studio de 10m2 ? Je refuse ! Je ne sais pas ce que je vais faire, mais je trouverais quelque chose !

16. Je les ai tués. Tous. Un par un. Chacun de mes bébés qui criaient encore et encore. Je voulais des enfants, mais c’est trop bruyant. J’ai essayé une bonne dizaine de fois avant de comprendre qu’être parent n’était pas fait pour moi.

17. Je ne dors plus. J’ai mal toutes les nuits et personne ne peut rien faire. Les choses vont empirer et je vais mourir. Moi qui m’inquiétais pour mon avenir, cette maladie tombe bien. Je n’ai plus à m’inquiéter de rien.

18. Tous les jours, je passais devant un nouveau bâtiment au bout du quartier. Je n’ai aucun souvenir de l’avoir vu en construction. C’est comme s’il était apparu d’un coup. Il me mettait mal à l’aise, mais le chemin le plus rapide pour atteindre la galerie commerciale passait par la rue de ce bâtiment. 

Puis, un jour, alors que j’en discutais avec une amie, elle m’a entraîné de force à l’intérieur du building.

19. Mon fils n’est pas mort. Ce n’est pas lui dans cette bouteille. On n’a pas pu identifier le corps. Ce n’est pas lui. Il est quelque part dehors. Il doit avoir faim, soif, froid. Il doit être terrifié. Je dois le retrouver, quitte à tout abandonner.

Catégories

Étiquettes

À propos

Le site Willow H.R. Harper centralise tous mes projets d'écriture tout en me permettant de parler de fiction à travers mon blog.

Les catégories principales du blog sont les concepts, les outils, les thématiques et l’Histoire.

Adsense

Publicités