La science. La plus difficile des recherches ! 

Introduction

Avant de continuer mes recherches, j’ai pu tester mes premières « astuces » de comédie. Je doute sérieusement que Jai Korson y ait cru. Vu son expression, il se demandait clairement ce qu’il se passait, mais il n’a rien dit. 

C’est compréhensible, il me fait confiance. En soi, il n’a aucune raison de me soupçonner ou d’imaginer que je puisse le trahir. 

Le trahir. Peut-être que ce mot est trop fort. Je ne peux juste pas garder ce genre de chose pour moi. Le « trahir » lui pour mon monde me semble louable. 

Mais je m’égare, je dois retourner à mes recherches. Après les recherches générales et « underground », viennent les recherches scientifiques.  

 

 

2.3. Recherches scientifiques

Les recherches scientifiques sont les plus difficiles à effectuer pour une personne qui n’y a jamais été formé. Si la « justesse » est le but, il faut s’assurer d’être dans le consensus scientifique et non dans des études invalidées ou isolées, et sans reproductions. Cela passe par la nécessité de connaître la littérature scientifique, ou, au moins, de parcourir diverses méta-analyses pour avoir une idée globale du sujet. Bien sûr, une telle vérification n’est pas obligatoire pour tout type de fiction et les études invalides peuvent tout aussi bien être source d’inspiration.

Je savais tout cela vaguement, sans jamais l’avoir appliqué jusqu’ici. Je n’en avais jamais vraiment eu besoin. Je réfléchis quelque temps à ce que j’allais faire. Sur le moment, je me dis que, dans mon cas, une recherche poussée n’était pas nécessaire pour la toile de fond à venir.

 

2.3.1. La vulgarisation

J’avais déjà parcouru des chaînes de vulgarisation sur YouTube durant mes recherches générales, mais sans savoir si ces chaînes étaient fiables. Cette fois-ci, dans le cas où je ne vérifiais tout d’abord pas la véracité des dires des vidéos, j’ai appliqué quelques principes pour, au moins, évaluer la crédibilité de la vidéo.

Le vidéaste a-t-il une caution de crédibilité de par ses études ou son métier ? Indique-t-il des sources dans la vidéo ou dans la description ? Ces sources sont-elles variées ? Le script a-t-il eu un retour critique avant publication ? La réception de l’audience est-elle positive ?

Bien entendu, aucun de ces éléments, seuls ou ensemble, n’indique qu’une vidéo est « véridique », ou leur absence qu’elle est fausse. Le but est avant tout d’avoir une idée générale du vidéaste en question.

Si un temps, cela m’a satisfait, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions malgré tout. Alors, pour me rassurer, j’ai appliqué une deuxième analyse en vérifiant la cohérence entre discours et sources. Une bonne initiative, puisque j’ai découvert que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, certains vidéastes affirment l’inverse de leurs sources.

Fort de cette découverte, je n’ai pas pu m’empêcher d’appliquer une troisième analyse en vérifiant la qualité des sources ou des peer-reviewers. J’ai regardé, par exemple, s’ils sont reconnus par la communauté scientifique.

C’est à travers ces démarches que j’ai découvert la zététique. Cela m’a fortement rappelé mes cours de logique durant mes études en Information et Communication. J’ai donc ressorti mon vieux livre de Logique formelle et argumentation de Laurence Bouquiaux et Bruno Leclerq et j’ai appliqué une quatrième et dernière analyse : relever tous les sophismes/paralogismes présents dans le texte ou la vidéo. Je faisais bien attention à ne pas faire d’excès de zèle à qualifier de sophisme/paralogisme ce qui y ressemble de loin ou à appeler sophismes/paralogismes ce qui est hors de ses limitesJ’ai aussi pris soin d’écarter toutes les vidéos de débunkage qui remplacent des sophismes par d’autres sophismes. Une pratique, hélas, de plus en plus fréquente.

Après tout cela, j’ai pris quelques jours de repos.

 

2.3.1.1. Site d’hébergement de vidéos

Si Youtube est le site le plus connu pour ce qui est de la vulgarisation scientifique, il n’est pas le seul : Dailymotion et Vimeo sont également exploitables.

On peut également trouver des sites comme BigThink et Café des sciences.

Lors de mes recherches, j’ai pris le temps de les parcourir. Avec tout ça, je savais enfin quels sujets je voulais approfondir pour ma fictionnalisation de l’univers de Jai Korson.

2.3.1.2. Livres de vulgarisation

J’ai commandé des livres de vulgarisation scientifique sur des sujets que je voulais approfondir. Une manière de consommer une forme plus poussée de la vulgarisation, mais également plus coûteuse.

Pour me faciliter la tâche, j’ai aussi bien parcouru des listes préexistantes comme celle sur Babelio ou Cultura que des sites de vente (Amazon, Fnac, etc.) ou des bibliothèques en ligne pour taper « introduction à X ». Je n’oubliais pas d’appliquer avant chaque achat de vérifier la crédibilité de l’auteur. Puisqu’on ne peut accéder au préalable aux sources et que les retours sont en général trop peu nombreux pour établir une bonne évaluation de la réception du livre, je ne pouvais rien faire d’autre à ce stade.

Avec le recul, je me rends à présent bien compte que j’aurais dû me contenter de tout cela, de ne pas pousser mes recherches plus loin, car j’étais en train de perdre du temps. Cependant, à ce moment-là, je n’arrivais pas à m’en satisfaire. Dès que je tentais de me lancer dans la transposition de son monde, j’effaçais tout au bout de quelques minutes. J’ai essayé d’ignorer ces sentiments quelques jours. J’ai même pris le temps de discuter avec Jai Korson en lui mentant par omission. Mais, finalement, j’ai fini par me persuader, à tort, que je devais laisser la vulgarisation de côté et rentrer dans la science pure et dure.

 

2.3.2. Les études

Où trouver des études scientifiques ? Je ne pouvais pas me contenter des moyens précédents. Mais je pouvais m’en inspirer.

2.3.2.1. Bibliographie

La première chose que j’ai faite, c’est parcourir les différentes bibliographies des documents de vulgarisation scientifique que j’avais retenu. Pour ensuite m’intéresser à la bibliographie de ces derniers et ainsi de suite. J’ai continué de remonter cette échelle pendant un temps, mais le problème était que je restais dans un cercle restreint et limité. J’ai donc cherché un moyen de trouver des travaux scientifiques et des études scientifiques de manière plus libre et moins orientée. 

 

2.3.2.2. Moteurs de recherche scientifques

C’est là que j’ai repensé à Google Scholar. Cela faisait des années que je ne l’avais plus utilisé. Comme il était peu probable que ce soit le seul moteur de recherche dédié aux travaux scientifiques, j’en ai cherché d’autres.

J’ai ainsi découvert l’existence de BASE et Cite Seer X. Je les ai parcourus pendant un temps et à travers eux, j’ai trouvé des sites servant de base de données scientifiques et académiques.

NB : Il existe également des moteurs de recherche spécialisées comme Isidore pour les sciences humaines et sociales et PubMed pour la biologie et la médecine.

2.3.2.3. Bases de données scientifiques

Il y en avait bien plus que ce à quoi je m’attendais : entre MyScienceWork, ResearchGate, Erudit, Cairn, JSTOR, HAL, Persée et OpenEdition, j’avais largement de quoi puiser des documents de bases de données différentes.

Tout cela n’a en rien changé que j’ai perdu du temps. Beaucoup de temps que j’aurais pu utiliser plus efficacement. Je m’enfermais dans des interrogations sans fin pour un univers dont la technicité ne pourrait apparaître au grand jour.

C’est après avoir discuté avec ma famille sur mes trouvailles en tout genre que j’en ai enfin pris conscience, alors que, perplexe, elle me demandait comment je n’avais pas encore pu commencer à écrire après autant de temps passé à faire des recherches scientifiques. J’ai d’abord tenté d’argumenter, de me défendre, néanmoins, j’ai fini par me rendre compte de la véracité de leurs propos.

Le détachement fut douloureux, mais nécessaire. Je ne pouvais pas passer ma vie à faire des recherches sans fin, sans création.

2.3.3. La confrontation

Avec réticence, j’ai fait un tri pour me contenter de l’essentiel pour ma transposition. Cela fait, encore fallait-il confronter mes résultats à la lecture d’œil expert pour éviter les mécompréhensions ou raccourcis grossiers.

2.3.3.1. Forums spécialisés

Concept d’une autre époque aux yeux de certains, les forums continuent d’exister. L’avantage de ces derniers comparés aux réseaux sociaux, des sections de commentaires ou autres est qu’ils permettent un réel échange entre les individus.

C’est justement la spécialisation des forums qui m’empêche d’en partager. Le meilleur conseil que je puisse donner est de taper « forum de X » ou « forum spécialisé en X ».

Une fois sur ces derniers, j’ai présenté le fruit de mes recherches, ce que je voulais en faire dans un but de fiction et si certains étaient prêt à faire un retour critique sur mes recherches.

 

2.3.3.2. Relecteurs

Au fil des échanges, certaines personnes se sont proposées comme relecteurs pour mes projets futurs. Si j’ai décliné leurs offres – car j’estimais qu’ils étaient plus judicieux pour la vulgarisation d’avoir des relecteurs que de la fiction – se constituer un groupe de relecteurs-experts reste un bon moyen de confronter ses recherches. Ce n’est pas, cependant, la chose la plus importante que j’ai apprise à ce moment-là.

 

2.3.3.2. Etudes opposées

On m’a fait remarquer que durant mes recherches scientifiques, j’avais uniquement relevé des études qui allaient dans mon sens. Or, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il est vital de prendre en compte les études allant à l’encontre de ses attentes, de les analyser et d’émettre un jugement sur leur qualité afin d’appréhender si elles sont valables ou non. Se contenter de confirmer ses idées est une démarche anti-scientifique.

J’ai donc fait une deuxième séance de recherches avec ces retours. Beaucoup plus rapide cette fois. Cela m’a surtout permis d’avoir un avis nuancé tout en ayant une meilleure idée des raisons pour lesquelles certaines hypothèses étaient invalides scientifiquement.

Tout cela était bien beau à des fins intellectuelles et personnelles, mais j’avais suffisamment perdu de temps comme ça avec ces recherches scientifiques et je devais à présent me mettre à créer, comme j’aurais dû le faire des semaines plus tôt.

Partagez